Le colchique et Apollinaire

Le colchique d’automne vient du latin colchicum autumnate. Le colchique d’automne tient son nom de sa floraison tardive en automne. Cette fleur est hautement toxique du fait qu’elle renferme un alcaloïde (molécule organique) très actif. Cependant cette plante est utilisée en pharmacologie comme inhibiteur de la mitose (prévient la division cellulaire). Lors de l’ingurgitation de cette plante, les effets peuvent être divers et variés tels qu’un gonflement de la gorge, des démangeaisons, l’augmentation de la température corporelle, des sensations de pesanteur, et un changement de couleur de la peau. Cependant il existe d’autres formes de poison qui ont servi aux écrivains comme le colchique utilisé par Apollinaire. Ce poison provoque des troubles chez l’homme à partir de 10 mg et ces troubles deviennent mortels à partir de 40mg.

 

 

 

 Cette plante est utilisée par Apollinaire en comparaison avec une femme dans Alcools. C’est un recueil de poème apparu au Mercure de France en avril 1913 relatant la destruction du poète déchiré sentimentalement par la rupture amoureuse. Cette oeuvre est composée de 67 poèmes dont "Les colchiques" publié le 15 novembre 1907 qui associe la femme à une fleur vénéneuse : Le colchique. Dès le premier vers le ton est donné par l’emploi de l’adjectif « vénéneux » qui sous-entend dangereux. Comme le pré est venimeux et joli en automne, la mort est dangereuse mais tentante. Tout comme le pré, empli de colchiques, empoisonne les vaches, la vie sur terre est parfois triste, ennuyeuse et « empoisonnante » pour l’homme. La saison de l’automne donne un aspect de tristesse et de souffrance. C’est la saison où les feuilles tombent, les arbres meurent, créant ainsi une ambiance morne dans le poème. Le colchique donne au printemps des fruits et en automne des fleurs. Ces fleurs d’automne rappellent la période de la Toussaint et le fleurissement des tombes. Au vers 15 le participe présent ‘meuglant’ renforce cet effet d’agonie car le meuglement est un cri sourd et prolongé. Au vers 16, l’adverbe « pour toujours » insiste sur la notion de non-retour et de mort éternelle. On peut trouver la répétition par deux fois de ‘s’empoisonne’ prouvant ainsi l’acte véritable de l’empoisonnement au vers 3 « Lentement s’empoisonnent » et au vers 7 « Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne ». De plus, l’auteur adopte des assonances en voyelle nasalisées en « an », « en » engendrant ainsi un rythme nonchalant et languissant faisant référence à l’attente de la mort exposé au vers 2 « les vaches y paissant », 7 « et ma vie pour tes yeux lentement » 9 « vêtu de hoquetons et jouant de l’harmonica », et au vers 12 « qui battent comme les fleurs battent au vent dément ». L’animation décrite au vers 8 par le retour bruyant des enfants de l’école au son de « l’harmonica » traduit l’arrivée subite des symptômes dûs au poison. « Le vent dément » décrit, lui, l’accélération de l’effet du poison donnant une sensation d’emballement du processus d’empoisonnement. La comparaison énoncée au vers 5 « tes yeux sont comme cette fleur là » compare le colchique à la femme et montre que la femme peut empoisonner et envoûter. La comparaison évoquée au vers six « violâtre comme leur cerne » montre bien que les paupières sont comparées à la couleur violette des colchiques et que l’individu a été empoisonné. Le poème relate non seulement un amour déçu mais utilise dans son poème le colchique (fleur vénéneuse) ce qui lui donne un caractère tragique. Le suffixe en « -âtre » donne un effet péjoratif et renforce l’image de la cerne et d’une femme malade sur le point de mourir.

 

 

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