L'opium et Baudelaire

A cette diversité de poisons utilisés par les écrivains se rajoute l'opium qui est un petit morceau brun foncé provenant de la fleur de pavot. Le pavot à opium est utilisé de manière légale en Europe, Australie ou en Inde pour la production de morphine et de thébaine, matières premières destinées à l'industrie pharmaceutique. Cependant dans certains pays comme en Afghanistan et en Myanmar cette fleur est utilisée illégalement pour en faire de l’héroïne. L'opium est l'un des plus anciens médicaments mais aussi une des plus anciennes drogues qui peut être consommé de plusieurs façons : avalé, fumé ou injecté. Après absorption de cette drogue, le sujet éprouve une sensation de bien-être. A l'inverse la personne peut vomir, les pupilles se contractent, la bouche se dessèche, la respiration ralentit et provoque l'arrêt du coeur donc la mort. La dose mortelle pour l'homme est de l'ordre de 60 mg.

 

 

 

 Cette drogue est évoquée dans le poème de Charles Baudelaire intitulé : Poison. Il est tiré des Fleurs du Mal, recueil de poèmes publié le 23 juin 1857 qualifié comme l’une des oeuvres les plus importantes de la poésie moderne et composé de 100 poèmes dont le thème principal est la femme. Dans le poème Poison, Baudelaire tente de s’empoisonner pour échapper à un sentiment profond, mêlant ennui et lassitude de l’existence : le spleen. En effet ce poème fait partie de la première section du recueil « Spleen et idéal » qui présente le constat du monde réel tel que le perçoit l’écrivain. Comme dans toutes les autres oeuvres étudiées, le poison est très présent dans ce poème. En effet on peut trouver un champ lexical montrant une progression de la tristesse à la mort qui débute au vers 5 et qui se termine au vers 20. Le commencement du poème relate un sentiment de tristesse « soleil couchant », « nébuleux », « noir et mornes », et s’achève par un désir de mort « poison » « gouffres amers » « oublis » « vertige » « charriant » « mort ». L’opium engendre un effet de liberté et d’espace d’où un champ lexical de l’agrandissement assez important « agrandi », "illimité" « pas de bornes », « allonge » « approfondi ». « Au-delà de sa capacité »  qui témoigne d’une impression quasiment insupportable. « Le poison qui découle de tes yeux » ressemble au corps qui se vide de son sang et devient livide. Sous l’effet du poison « l’âme tremble » car son esprit vacille et « se voit à l’envers » car sa conscience s’altère sous l’effet du poison. Tous ces symptômes s’observent chez les mourants. L’idée de « luxe miraculeux » au vers 2 confirme la sensation de bien-être, de profiter de quelque chose de rare, d’extraordinaire qui relève de l’extase et du bonheur. De plus, le vin est la boisson des repas de fête. Les caractéristiques du vin « dans l’or de sa vapeur rouge » rappelle les composantes de la mort : le sang rouge et le scintillement des lames des armes blanches. Le poète ressent la sensation de se désaltérer qui est une conséquence de la prise d’opium. Ici aussi, le verbe « fait surgir » annonce la brutalité des effets du poison. Cette soudaineté s’oppose à la lenteur de l’agonie sous les termes « comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux » La mort survient sous l’effet «de la salive qui mort » et rappelle la morsure du serpent venimeux qui empoisonne sa proie.

 

 

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