L'arsenic dans Mme Bovary ainsi que Thérèse Desqueyroux

Il n’y a pas que la cigüe qui est utilisé comme poison dans la littérature mais aussi l'arsenic qui est un élément chimique présentant des propriétés intermédiaires entre celles des métaux et des métalloïdes (un non métal tel que le tellure, le bore, le silicium, et le polonium). Son nom vient du grec arsenikon « qui dompte le mâle » en raison de sa forte toxicité.

L'arsenic est partout, dans l'air que l'on respire, l'eau que l'on boit et dans les aliments que l'on mange. De plus il existe deux types d'arsenic, l’un organique et l’autre inorganique qui, lui, est fatal pour l'homme à trop forte dose absorbée. Les symptômes après ingurgitation de ce poison sont des douleurs abdominales, nausées, vomissements, convulsions, lividités, délire pour aboutir à la mort. Lors d’un empoisonnement à l’arsenic, la mort n’est prévue qu’une semaine après l’ingurgitation du poison. La dose mortelle d’arsenic pour l’homme est de 80 mg et Emma Bovary en connait les conséquences.

 

 

Gustave Flaubert écrit cet ouvrage en 1851 et l'achève en 1856. A partir d’octobre 1856 jusqu’au 15 décembre 1856 ce texte sera publié sous la forme de feuilletons dans la revue de Paris. Par la suite ce roman connaitra un succès en librairie. Madame Bovary est une oeuvre réaliste.Flaubert dans son roman n'a pas inventé la trame de son récit du fait qu'il l'a pris d'un fait divers. En effet l'auteur a enquêté comme un journaliste, amassé des documents pour être le plus précis possible, lu des traités de médecine pour connaître les symptômes de l'empoisonnement à l'arsenic pour son héroïne : Emma. Tout d’abord, son père était médecin à l’hôtel Dieu, il pouvait donc avoir accès à des renseignements sur l’empoisonnement à l’arsenic dans cet hôpital. De plus l'écrivain a même consulté un avocat pour commettre le moins d'erreurs possible d'un point de vue juridique. Flaubert se livre à un vrai travail d'enquêteur et va jusqu'à dessiner un plan de la localisation du récit pour être le plus juste possible De plus cette volonté d'être réaliste et d'être le plus minutieux possible se voit à travers le comportement des personnages mais aussi dans le langage. Chaque personnage possède le langage correspondant à sa classe sociale. Enfin le roman n'a pas à défendre une thèse mais se doit d'exposer des faits. De ce fait l'auteur n'hésitera pas à écrire des détails lors de l'agonie d’Emma. Flaubert narre l’histoire d’une jeune femme du nom D’Emma Rouault qui épouse un officier de santé, Charles Bovary. Mais celle-ci rêve d’une vie tout en rose passionnée dès son plus jeune âge par les histoires d’amour et les contes de fées : de grandes soirées, fines vaisselles et prince charmant… Mais Emma va être atteinte d’une maladie nerveuse causée par la découverte de la dure réalité de sa vie : une vie ennuyeuse auprès de son mari et un enfant qui ne la fera pas sortir de sa maladie. Elle va toutefois, se laisser séduire par Rodolphe un riche propriétaire et tombera sous le charme de Léon un clerc de notaire qui lui causera de nombreuses dettes qu’elle ne pourra rembourser. Menacée par une saisie de ses biens et se sentant seule, Emma décide de se suicider en absorbant de l’arsenic. 

Notre TPE s'intéresse alors à l'étude physiologique d'Emma lorsqu'elle absorbe ce poison. En effet l'héroïne ingurgite volontairement de l'arsenic pour se suicider. De ce fait plusieurs symptômes apparaissent par la suite : Emma présente une forme aigüe de la maladie. Les symptômes débutent peu de temps après l'ingestion du toxique avec l'apparition de troubles intestinaux accompagnés de soif ardente « j'ai soif ! … oh ! J'ai soif » et d'ictère qui est une coloration de la peau due à l’accumulation, dans le sang de bilirubine (pigment) « le corps couvert de taches brunes ». Peu de temps après une rémission des symptômes, temporaire et trompeuse se produit. En effet ces symptômes s'arrêtent puis reviennent brutalement : « et elle fut prise d'une nausée si soudaine » indique le commencement. « Les symptômes s'arrêtent un moment » montre une pause dans l'évolution des effets de l'arsenic. « Elle ne tarda pas à vomir du sang » désigne le moment où les symptômes de l'héroïne recommencent. Ensuite survient des troubles cardiaques tels que la lipothymie qui est un malaise sans perte de connaissance qui se caractérise par un vertige, champs de vision qui se rétrécit « ses yeux [...] regardaient vaguement autour d'elle » et une oppression respiratoire « […] ouvre la fenêtre …. J’étouffe ! » . Et survient le refroidissement corporel « ses dents claquaient », « Cependant elle sentait un froid de glace qui lui montait des pieds jusqu'au coeur », « un grand frisson lui secouait les épaules ». Tout cela indique une aggravation de l'intoxication.

 

 Puis apparaît un collapsus cardio-vasculaire qui est un effondrement de la pression sanguine (pression inférieure à 80 mmHG). Lorsque cette chute se prolonge le collapsus peut entrainer un état de choc c'est à dire une souffrance cellulaire dû au déficit d'apport en oxygène à la cellule. Les signes cliniques les plus évidentes sont : apparition de trainées bleuâtres « sur sa figure bleuâtre », pâleur « et elle devenait plus pâle que le drap », pouls rapide (supérieur à 120 battements par minute) « son pouls inégal, était presque insensible maintenant », sensation de soif et d’angoisse. « Il y avait au fond de la cuvette une sorte de gravier blanc attaché aux parois de la porcelaine » montre que l'arsenic est rejeté sous forme de cristaux blancs. « Et elle fut prise d'une nausée », « A huit heures, les vomissements reparurent » signifie que le fait de vomir permet d'éliminer les toxiques dans le cas présent l'arsenic et de se purger comme le montre la phrase « il prescrivit de l'émétique afin de dégager complètement l'estomac ». L'émétique ou vomitif sont des substances capables de provoquer des vomissements. Ils sont utilisés dans le cadre de l'intoxication. Cependant en cas d'intoxication grave l'épuration digestive est contre-indiquée puisqu'il engendre une aggravation des lésions (entre l’oesophage, l'estomac et le duodénum (partie initiale de l’intestin)) lors du vomissement « elle ne tarda pas à vomir du sang ». Dans un vocabulaire scientifique on appelle cela l'hématémèse. De plus les substances chimiques s'éliminent également par la peau comme le désigne « des gouttes suintaient ». Le refroidissement du corps est effectué par la transpiration qui est sa principale fonction. Mais encore la sudation possède une autre fonction, celle de la détoxication de l'organisme. « Son pouls glissait sous le doigt comme un fil tendu comme une corde de harpe près de de se rompre » cette phrase d'un point de vue littéraire est une figure de style : une comparaison et montre que la vie ne tient plus qu'un à fil mais aussi que le coeur ralentit. « Comme tu es pâle ! Comme tu sues » désigne une contrepèterie avec l'alternance de la lettre « p » avec la lettre « s » qui devient « comme tu es sale ! Comme tu pues » ironisant sur la pâleur du visage. « Comme si elle eût porté sur sa langue quelque chose de très lourd » montre une comparaison et désigne l’aspect de l’effet de l’arsenic montrant que la personne se sent particulièrement lourde du fait d'avoir prise cette toxique. « Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient […] de ce pauvre coeur, douce et indistincte comme le dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne ». Face à la mort Emma prend conscience de ses fautes et sait qu'on ne lui pardonnera pas. Elle mourra en héroïne tragique pour garder sa vertu comme dans Phédre mais aussi dans l'antiquité où les généraux se suicidaient pour garder leurs honneurs. Cependant il y a un paradoxe du fait qu'avant de mourir Emma entend les paroles de l'Ecclésiaste. Or à cette époque du dix-neuvième siècle la religion catholique condamnait les suicides. On peut voir également un jeu de mot entre le mot coeur et le mot symphonie montrant une harmonie face à ses remords. La mort de l'héroïne, Emma, se termine par une convulsion « Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s'approchèrent. Elle n'existait plus ! ».D'un point de vue littéraire cette phrase est simple, rapide et directe. Elle montre une contraction violente et involontaire d'un ou plusieurs des muscles ou voire de tout le corps traduisant une souffrance des centres nerveux de l'encéphale ou de la moelle épinière .

 

 

  Schéma des aires cérébrales touchées chez Emma Bovary


 Les zones hachurées ci-dessus représentent les aires du cortex touchées lors de l’ingurgitation de l’arsenic chez Emma.

  • La zone bleue correspond à l’aire du langage articulé. Emma présente à certain moment des difficultés à s’exprimer comme l’indiquent les phrases suivantes : "Murmura-t-elle" " dit-elle d’une voix défaillante", "à toutes les questions elle ne répondait qu’en hochant la tête".

  • La zone violette correspond au lobe occipital. Il assure la perception visuelle, la reconnaissance et l’interprétation des images: "ses yeux agrandis regardaient vaguement autour d’elle".

  • La zone rose correspond au tronc cérébral qui contrôle les fonctions vitales telles que la régulation de la respiration et du rythme cardiaque. Cette zone est touchée puisqu’Emma n’arrive plus à respirer " ouvre la fenêtre…j’étouffe ! ", " son pouls inégale était presque insensible maintenant ", et "son pouls glissait sous les doigts comme un fil tendu, comme une corde de harpe près de se rompre".

 

L’arsenic est aussi présent dans Thérèse Desqueyroux. François Mauriac relate l’histoire d’un fait divers : une femme tentant d’empoisonner son mari. Ici c’est Thérèse qui a tenté d’empoisonner son mari. Le livre débute sur la fin du procès, avec l’annonce d’un non-lieu et l’innocence de Thérèse car son mari ne veut pas qu’un scandale éclate et touche sa réputation. Le narrateur fait un retour en arrière pour faire comprendre au lecteur pourquoi Thérèse en est arrivée à commettre un acte pareil, et quelles ont été les causes de cet acte. Le mari de Thérèse a recours à la solution de Fowler (gouttes de Fowler) qui a été découverte en 1786 par Thomas Fowler. Cette solution était prescrite pour divers troubles pendant très longtemps. Mais cette solution est très dangereuse du fait de la nature toxique de l’arsenic minéral contenu dans cette solution. Tout d’abord la solution utilisée par le mari a été faussée par Thérèse. Elle augmente toutes les doses présentes dans la solution qui automatiquement, en surdosage, produit des effets indésirables. On constate des « pulsations précipitées » qui sont dûes à une hypertension causée par l’arsenic. L’hypertension se caractérise par une pression anormalement forte du sang sur la paroi des artères qui engendre une accélération du pouls et donc une accélération du rythme cardiaque.La solution que prend le mari de Thérèse contient aussi « d’assez fortes doses de chloroforme, […] d’aconitine ». L’aconitine est un alcaloïde (molécule organique). C’est une neurotoxine c'est-à-dire une toxine agissant sur le système nerveux. Les symptômes d’une intoxication incluent la paresthésie qui est un trouble de la sensibilité tactile (fourmillements, engourdissements), l’analgésie qui est l’interruption de la transmission du signal neuronal de douleur depuis la zone lésée vers le cerveau d’où « les jambes inertes » du mari de Thérèse. Le chloroforme (composé chimique utilisé jadis comme anesthésique) est aussi responsable de ses «pulsations précipitées » puisqu’absorbé à forte concentration il peut entrainer des troubles cardiaques et respiratoires. Mais ces pulsations précipitées sont dues aussi à sa baisse de température. Lorsque la température du corps varie entre 32° et 35° il se produit des frissons (« grelottements » dans le cas du mari), une respiration rapide et un pouls rapide. Dans un langage scientifique il s'agit de tachycardie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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